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À la recherche du renforçateur idéal

  • Photo du rédacteur: Les Chiens BLOOM
    Les Chiens BLOOM
  • 17 sept. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 nov. 2025

Quand on entraîne un chien, une question revient sans cesse : qu’est-ce qui le motive réellement ?



Friandises, jeux, interactions, liberté, exploration… Les options semblent infinies. Mais laquelle fonctionne le mieux pour ancrer durablement les apprentissages ?


Pour y répondre, la science du comportement animal nous offre des clés précieuses. En explorant les différents types de renforçateurs, on comprend mieux ce qui rend un entraînement efficace et plaisant pour le chien.


Comprendre ce qu’est un renforçateur


Un renforçateur est tout ce qui augmente la probabilité qu’un comportement se reproduise (Skinner, 1953). Chez le chien, on distingue les :


  • Renforçateurs primaires (liés à la survie) : manger, boire, se mettre à l’abri, éviter la douleur, trouver chaleur ou fraîcheur.

  • Renforçateurs sociaux et environnementaux : contacts physiques, attention de l’humain·e, jeux avec les congénères, exploration d’un nouvel espace, odeurs, activités préférées (courir, renifler, sauter).


Le Principe de Premack (1965) précise qu’une activité très motivante peut renforcer une autre activité moins attirante. Par exemple, demander à un chien de s’asseoir avant de le laisser aller renifler un buisson, c’est utiliser les odeurs et la liberté comme récompenses. Ce principe est largement utilisé par les intervenant·e·s en comportement canin pour varier les récompenses, notamment hors séance. Toutefois, en cours, il peut être moins pertinent de cibler cette méthode puisque certaines activités peuvent perdre leur valeur après quelques répétitions ou être trop stimulantes pour poursuivre (ex. : aller dans l'eau à chaque position réussie).


Les renforçateurs sociaux


Beaucoup de personnes pensent spontanément aux caresses ou félicitations verbales comme récompenses. Effectivement, les interactions sociales peuvent fonctionner comme renforçateur : Feuerbacher & Wynne (2015) ont montré que les chiens préfèrent la présence et l’attention humaines à l’isolement.


Mais dans un contexte d’apprentissage structuré, Feuerbacher et al. (2019) ont démontré que louanges sont souvent moins efficaces que la nourriture pour maintenir un comportement précis.


En pratique, cela signifie qu’en dehors des séances ou comme bonus, les échanges sont excellents pour entretenir la relation, mais en séance d’apprentissage où le timing et les répétitions sont cruciaux, ils perdent en efficacité.


Les jeux et les jouets


Le jeu est une motivation puissante, surtout pour les chiens à fort instinct ludique. Lancer de balle, tir à la corde, recherche d’objets : Rooney & Cowan (2011) ont observé que certains chiens courent plus vite pour obtenir un jouet que pour recevoir une friandise, même si cela reste minoritaire.


Feuerbacher & Wynne (2014) ont montré que l’intégration du jouet dans un jeu social avec l’humain·e (par exemple jouer ensemble à la balle plutôt que donner simplement l’objet) augmente considérablement sa valeur comme récompense.


Horváth et al. (2007) confirment que la privation partielle ou la rareté d’un jouet avant la séance accroît son attractivité. Enfin, Fukuzawa & Hayashi (2013) ont comparé récompenses alimentaires et jouets dans un apprentissage d’obéissance : les chiens habitués à un jouet interactif et conditionnés à l’utiliser comme renforçateur répondent presque aussi vite qu’avec de la nourriture.


En pratique :


  • Un jouet doit être préalablement associé à un moment positif pour avoir une forte valeur.

  • On peut faire monter cette valeur en le réservant uniquement aux séances d’éducation ou en créant une petite attente avant de l’offrir (Horváth et al., 2007).

  • Les chiens très joueurs peuvent ainsi bénéficier d’un entraînement alternant friandise et jouet pour maintenir l’enthousiasme.


Mais dans la majorité des cas, la nourriture garde l’avantage pour un travail structuré (Feuerbacher et al., 2019).



Quand la science compare


Plusieurs études convergent : en contexte d’apprentissage, la nourriture est le renforçateur le plus fiable et le plus rapide.


  • Feuerbacher & Wynne (2015) montrent que les chiens choisissent systématiquement la nourriture avant les caresses lorsque les deux sont proposées en simultané.

  • Feuerbacher et al. (2019) confirment que la nourriture reste plus efficace que la majorité des renforçateurs sociaux dans un contexte structuré.

  • Rooney & Cowan (2011) observent que les chiens exécutent un exercice plus rapidement avec des morceaux de saucisse qu’avec des croquettes sèches.


Dans un cours d’éducation canine (typiquement d’une heure avec des exercices courts et répétitifs), la nourriture de haute valeur, associée à un marqueur (mot ou son) bien conditionné, constitue donc l’outil le plus pratique. Elle permet de marquer immédiatement le bon comportement et de multiplier les répétitions.


En dehors des séances formelles, diversifier les renforçateurs est bénéfique pour entretenir la motivation et intégrer l’apprentissage dans la vie quotidienne. Cela peut passer par :


  • offrir un temps de jeu après un exercice ;

  • permettre au chien de renifler librement ou d’explorer une nouvelle zone ;

  • donner accès à un jouet préféré ;

  • proposer une mastication prolongée.


Ces renforçateurs dits « de vie réelle » enrichissent l’expérience d’apprentissage, facilitent la consolidation des acquis et contribuent à réduire le stress résiduel (Premack, 1965 ; Westlund, 2015).


Choisir les friandises


Pour maximiser l’impact du renforçateur alimentaire, optez pour des friandises de haute valeur : morceaux de poulet ou de dinde cuits, saucisse de volaille, pâtée humide riche en viande, fromage en dés.


Les aliments humides et très odorants sont souvent plus motivants que les croquettes sèches (Rooney & Cowan, 2011).


En séance, préparez plusieurs types de friandises pour varier et maintenir l’intérêt. Le timing est crucial : récompensez immédiatement après le comportement souhaité pour maximiser l’apprentissage (Skinner, 1953).


Conclusion


Pendant l’entraînement, la nourriture demeure le renforçateur le plus efficace pour ancrer rapidement un comportement. En revanche, en dehors des séances, varier les récompenses est essentiel. Des travaux d’éthologie appliquée (Westlund, 2015 ; Horváth et al., 2007) montrent que proposer du jeu ou de la mastication après l’apprentissage réduit le stress résiduel, tout en facilitant la mémorisation et la consolidation des acquis. Ces activités soutiennent la récupération émotionnelle, enrichissent l’expérience et renforcent le lien avec l’humain·e.


Concrètement, combiner des récompenses alimentaires de haute valeur pendant la séance avec des plaisirs contrôlés (jeu, mastication ou exploration libre ensuite) entretient l’engagement du chien tout en maintenant un niveau de stress minimal.



Bibliographie


Feuerbacher, E. N., & Wynne, C. D. L. (2015). Shut up and pet me! Domestic dogs (Canis lupus familiaris) prefer petting to vocal praise. Behavioural Processes, 110, 47–59. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2014.08.019


Feuerbacher, E. N., Wynne, C. D. L., & Udell, M. A. R. (2019). Consistency of dogs’ preferences for food over petting: Evaluating the effectiveness of food as a reinforcer. Journal of Applied Animal Welfare Science, 22(2), 189–200.


Fukuzawa, M., & Hayashi, N. (2013). Comparison of 3 different reinforcements of learning in dogs (Canis familiaris). Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research, 8(4), 221-224. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2013.04.067


Horváth, Z., Dóka, A., & Miklósi, Á. (2008). Affiliative and disciplinary behavior of human handlers during play with their dog affects cortisol concentrations in opposite directions. Hormones and Behavior, 54(1), 107-114. https://doi.org/10.1016/j.yhbeh.2008.02.002


Premack, D. (1965). Reinforcement theory. In D. Levine (Ed.), Nebraska Symposium on Motivation (pp. 123–180). Lincoln, NE: University of Nebraska Press.


Rooney, N. J., & Cowan, S. (2011). Training methods and owner–dog interactions: Links with dog behaviour and learning ability. Applied Animal Behaviour Science, 132(3–4), 169–177. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2011.03.007


Westlund, K. (2014). Training is enrichment and beyond. Applied Animal Behaviour Science, 152, 1–6. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2013.12.013

 
 
 

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