Les signaux humains et l’attention du chien : ce que la science nous apprend
- Les Chiens BLOOM

- 16 sept. 2025
- 5 min de lecture

Que ce soit des chiens d’assistance, d'établissement (également appelés chiens de zoothérapie) ou de compagnie, tous nous observent bien plus qu’on ne l’imagine. Nos regards, nos gestes et même nos expressions faciales guident leur attention et influencent leur comportement.
Depuis quelques années, les recherches en cognition canine montrent comment ces signaux soutiennent l’apprentissage, et pourquoi ils s’accordent si bien avec des méthodes modernes d’éducation basées sur le renforcement positif (Bradshaw et al., 2009 ; Hare & Tomasello, 2005).
Les chiots, déjà experts en communication
Des études révèlent que, dès l’âge de huit semaines, les chiots savent déjà suivre un doigt pointé vers une cachette de nourriture. Dans une expérience (Miklósi et al., 2000 ; Kaminski & Nitzschner, 2013), ils ont trouvé la bonne « cachette » dans près de 70 % des essais dès la première tentative. Autrement dit, même sans apprentissage formel, ils comprennent l’intention communicative du geste.
De la même façon, des chiots de six à sept semaines, bien sociabilisés, alternent déjà leur regard entre un objet nouveau et le visage d’une personne, comme pour « demander de l’aide » (Lazzaroni et al., 2020). Cette capacité de « regard alterné », observée aussi chez les bébés humains, montre que les chiens sont biologiquement préparés à communiquer avec nous par le regard et le geste dès les premières semaines.

Quand nos gestes deviennent des guides
Nos yeux et nos mains parlent un langage que les chiens comprennent naturellement. Des recherches (Range et al., 2007) ont montré que des chiens trouvent plus facilement une gâterie quand la personne pointait du doigt et regardait l’objet en même temps, plutôt qu’avec un seul de ces signaux.
Pourquoi ? Parce que le chien ne se contente pas de courir vers un mouvement : il capte l’intention communicative derrière le geste et le regard combinés. Ce double signal le guide avec clarté et réduit les erreurs.
Lire nos émotions, un superpouvoir canin
Les chiens observent aussi en permanence notre posture et nos expressions faciales. Plusieurs recherches montrent qu’ils discriminent nos signaux émotionnels : par exemple, ils hésitent davantage à s’approcher si l’on affiche une expression de colère, et viennent plus volontiers si notre visage est détendu et souriant (D’Aniello et al., 2018).
On parle de « référencement social » : face à un objet nouveau, un chien va souvent regarder la réaction de la personne qui l’accompagne. Si cette personne adopte une posture confiante et une voix enjouée, le chien ose d'avantage ; si elle se fige ou recule, le chien se méfie. Cette finesse d’observation permet au chien d’ajuster son comportement en fonction de l’émotion humaine, un atout précieux pour l’éducation et la sécurité.
L’attention mutuelle : clé de l’apprentissage coopératif
Les chiens distinguent si on les regarde ou non, et adaptent leur comportement en conséquence. Ils sont plus susceptibles de respecter un interdit nous sommes attentif·ve·s à leurs faits et gestes, et cherchent notre regard pour « demander » de l’aide (Miklósi et al., 2000). Cette attention mutuelle constitue la base de l’apprentissage coopératif : le chien choisit de suivre les indications parce qu’il nous fait confiance et comprend qu’il a quelque chose à y gagner.
Cette aptitude est si importante que les chiens qui lisent le mieux nos gestes et signaux réussissent souvent le mieux dans des programmes exigeants, comme la formation de chiens d'assistance (Fugazza et al., 2016). Comprendre un simple geste de la main ou un regard discret de l’intervenant·e en comportement canin ou de la personne propriétaire peut faire la différence entre un exercice réussi ou non.
Pourquoi le renforcement positif est la méthode gagnante
Toutes ces données scientifiques légitiment pleinement les méthodes modernes basées sur le renforcement positif. Celles-ci s’appuient sur la communication et la coopération plutôt que sur la contrainte (Vieira de Castro et al., 2020). En sollicitant l’attention du chien par le jeu, le regard, la voix et la gestuelle, puis en le récompensant pour ses bonnes actions, on crée un cercle vertueux d’apprentissage. Les chiens se montrent plus confiants et optimistes (Deldalle & Gaunet, 2014).
À l’inverse, des recherches publiées en 2020 ont montré que les chiens entraînés avec des méthodes coercitives présentent plus de signes de stress et un taux de cortisol (hormone du stress) plus élevé que ceux entraînés avec des récompenses. Ces chiens semblent aussi développer un état émotionnel plus négatif en dehors des séances (Vieira de Castro et al., 2020).
En s’appuyant sur les capacités naturelles du chien à décrypter nos signaux, l’éducation positive établit un langage commun clair et motivant. Plutôt que d’imposer par la force, elle encourage à communiquer avec le chien dans un climat de confiance.
Comment mettre ça en pratique
Avant de donner une commande, capter l’attention du chien : contact visuel, posture tournée vers lui, voix claire.
Adapter sa posture et sa voix à la situation : montrer la confiance plutôt que l’inquiétude pour rassurer le chien.
Récompenser les bonnes réponses (friandises, caresses, jeu) pour ancrer l’apprentissage et maintenir la motivation.
Conclusion
Les chiens possèdent une sensibilité fine à nos signaux sociaux. Notre regard, nos gestes, nos expressions façonnent leur attention et leur compréhension. Les méthodes éthiques basées sur la coopération et le renforcement positif exploitent pleinement ce potentiel naturel.
Résultat : des apprentissages plus rapides, plus solides et une relation humain·e et chien plus harmonieuse.

Bibliographie
Bradshaw, J. W. S., Blackwell, E. J., & Casey, R. A. (2009). Dominance in domestic dogs—useful construct or bad habit? Journal of Veterinary Behavior, 4(3), 135–144. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2008.08.004
D’Aniello, B., Scandurra, A., Prato-Previde, E., & Valsecchi, P. (2018). Gazing at humans during problem-solving: the role of owners’ actions and emotional expressions in dogs’ social referencing behaviour. Animal Cognition, 21(2), 155–165.
Deldalle, S., & Gaunet, F. (2014). Effects of 2 training methods on stress-related behaviors in the dog and on the dog–owner relationship. Journal of Veterinary Behavior, 9(2), 58–65. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2013.11.004
Fugazza, C., Pogány, Á., & Miklósi, Á. (2016). Do as I … Did! Long-term memory of imitative actions in dogs (Canis familiaris). Animal Cognition, 19(2), 263–269. https://doi.org/10.1007/s10071-015-0931-8
Hare, B., & Tomasello, M. (2005). Human-like social skills in dogs? Trends in Cognitive Sciences, 9(9), 439–444. https://doi.org/10.1016/j.tics.2005.07.003
Kaminski, J., & Nitzschner, M. (2013). Do dogs get the point? A meta-analysis of dog–human communication. Learning and Motivation, 44(4), 294–302. https://doi.org/10.1016/j.lmot.2013.05.001
Lazzaroni, M., Marshall-Pescini, S., Manzenreiter, H., Gosch, S., Přibilová, L., Darc, L., & Range, F. (2020). The role of life experience in affecting dogs’ responsiveness toward human gestures. Scientific Reports, 10, 12995.
Miklósi, Á., Polgárdi, R., Topál, J., & Csányi, V. (2000). Intentional behaviour in dog–human communication: an experimental analysis of ‘showing’ behaviour in the dog. Animal Cognition, 3(3), 159–166. https://psycnet.apa.org/doi/10.1007/s100710000072
Range, F., Aust, U., Steurer, M., & Huber, L. (2007). Visual categorization of natural stimuli by domestic dogs. Animal Cognition, 10(3), 341–350. https://doi.org/10.1007/s10071-007-0123-2
Vieira de Castro, A. C., Fuchs, D., Pastur, S., Morello, G. M., Carreira, L. M., & Olsson, I. A. S. (2020). Does training method matter? Evidence for the negative impact of aversive-based methods on companion dog welfare. PloS ONE, 15(12), e0225023. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0225023




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