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Observer pour mieux comprendre votre chien

  • 17 sept. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 déc. 2025

Et si le secret pour mieux comprendre votre chien se trouvait sous vos yeux ?


Chien qui baille

La posture du chien, la position de sa queue, l’inclinaison de ses oreilles ou encore son regard disent énormément de choses sur son état émotionnel. Son corps parle en permanence, parfois avec des signaux très subtils.


Comprendre cette communication permet non seulement d’éviter les malentendus, mais aussi d’adapter nos pratiques éducatives et de renforcer la confiance entre la famille et le chien (Rugaas, 2005 ; Mariti et al., 2017 ; Siniscalchi et al., 2018).


Qu’est-ce qu’un signal d’apaisement ?


Les signaux d’apaisement (Rugaas, 2005) sont des comportements, souvent discrets, que le chien utilise pour calmer une interaction, apaiser un congénère ou exprimer son inconfort. Ils agissent comme de véritables baromètres émotionnels : ils montrent comment le chien perçoit une situation et comment il tente d’en réguler la tension.


Les recherches de Mariti et al. (2017) et Firnkes et al. (2017) démontrent que ces signaux apparaissent plus fréquemment dans les situations nouvelles, stressantes ou ambiguës. Ils offrent donc une lecture anticipée des émotions du chien : en les observant, on peut souvent voir venir une réaction avant qu’elle ne devienne un comportement problématique.


Pourquoi ces signaux sont essentiels ?


Dans le quotidien comme dans l’éducation, ces signaux sont de véritables alertes précoces. Savoir les repérer permet d’adapter la séance en temps réel, de préserver le bien-être du chien et de prévenir l’escalade émotionnelle. Un chien qui se sent entendu et respecté, en offrant par exemple une pause ou s'éloigner de la situation stressante, apprend plus vite et développe une relation plus stable avec sa ou son propriétaire.


Par ailleurs, les recherches de Casey et al. (2014) montrent que la grande majorité des morsures surviennent dans des contextes précis (peur, douleur, manipulation ou conflit de ressource) et qu’elles sont presque toujours précédées de signaux clairs comme le grognement, la posture raide ou le détournement du regard. Autrement dit, le chien communique avant de passer à l’acte.


De leur côté, Mariti et al. (2017) ont observé que les chiens produisent davantage de signaux d’apaisement (bâillements, postures basses, regards évités) lorsqu’ils sont confrontés à des méthodes coercitives.


Les signaux d’apaisement à connaître


Les études (Mariti et al., 2017 ; Firnkes et al., 2017 ; Siniscalchi et al., 2018) montrent que ces signaux sont liés à des indicateurs physiologiques de stress, comme l’augmentation du cortisol. Ils ne s’adressent pas uniquement aux autres chiens : ils sont également utilisés pour communiquer avec les humain·e·s.


Voici une synthèse des signaux les plus fréquents :


  • Détourner la tête : évite le contact direct pour calmer

  • Détourner le regard : baisse la pression sociale

  • Se lécher les babines : apaisement, légère tension

  • Bâiller hors contexte de sommeil : stress ou auto-apaisement

  • Oreilles rabattues vers l’arrière : apaisement ou incertitude

  • Queue basse : prudence, inconfort

  • Queue rentrée sous le ventre : peur marquée

  • Corps figé : arrêt du mouvement pour désamorcer

  • Posture basse : se faire « petit » pour calmer

  • Se gratter sans raison apparente : décharge de tension

  • Flairer le sol hors contexte : détourner l’attention, se calmer

  • Avancer en courbe : approche indirecte apaisante

  • Clignements des yeux fréquents : regard adouci, pacificateur

  • Regard doux ou évitant : communication non menaçante

  • Se tourner de côté : montre qu’il n’y a pas d’intention agressive

  • S’asseoir ou se coucher lentement : calmer la situation

  • Montrer les dents sans grogner : tension, apaisement ou défense passive

  • Remuer la queue bas et lentement : incertitude, pacification

  • Lever une patte : hésitation ou demande de distance

  • Se secouer (comme après un bain) : relâcher la tension

  • Se mettre entre deux individus : désamorcer un conflit

  • Présenter son flanc : signal inoffensif

  • S’immobiliser brusquement : arrêter l’interaction

  • Aller s’asseoir dos tourné : éviter le conflit

  • Léchouilles rapides sur le visage d’un autre chien : apaisement social

  • Sauter légèrement en arrière : augmenter la distance

  • Position latérale du corps : éviter l’affrontement direct

  • Yeux de baleine (blanc visible) : stress, inconfort marqué

  • Soupirs fréquents : tension ou relâchement

  • Combinaison de signaux : plus ils s’accumulent, plus le stress est élevé


Chien yeux en baleine effrayé

Lire l’ensemble du corps et le contexte

Un seul signe isolé ne suffit pas. C’est la combinaison des indices et la situation globale qui donnent leur sens.

En effet, un bâillement isolé n’indique pas forcément du stress, mais combiné à un corps raide et à des oreilles basses, il prend une toute autre signification (Siniscalchi et al., 2018).


La queue constitue par exemple un excellent baromètre émotionnel. Une queue haute qui remue rapidement peut traduire de l’excitation ou une vigilance accrue, tandis qu’une queue basse ou rentrée sous le ventre signale souvent de l’inconfort, de la peur ou de la prudence.


Les oreilles, droites et orientées vers l’avant, indiquent l’attention ou l’intérêt. Rabat­tues vers l’arrière, elles traduisent du stress, de l’apaisement ou une incertitude.


Les yeux offrent eux aussi des indices précieux : des pupilles dilatées, un regard fixe ou les fameux « yeux de baleine » (où le blanc est visible) indiquent de la tension ou du malaise. À l’inverse, des clignements fréquents et un regard doux signalent un apaisement ou une intention non menaçante.


La bouche est un indicateur tout aussi important. Détendue et légèrement entrouverte, avec des babines souples et une langue qui sort par moments, elle traduit en général le confort. À l’inverse, une bouche très serrée, babines plaquées contre les dents et commissures pincées vers l’arrière, peut révéler une forte tension ou de l’inquiétude, souvent un signe précoce avant un grognement, un claquement de dents ou un retrait.


On vous dit que votre chien sourit, mais est-ce vraiment le cas ?

L’halètement peut prêter à confusion : il est normal après l’effort ou par temps chaud, mais un halètement de stress survient hors contexte d’exercice, avec respiration rapide et superficielle, commissures tirées, langue fine et mouvements plus raides.


Les léchages de babines et petits coups de langue éclair (hors contexte alimentaire) sont des signaux d’apaisement fréquents, tout comme les bâillements en situation tendue. À l’opposé, une babine retroussée, avec plissement du museau et commissures poussées vers l’avant, correspond plutôt à une mise en garde.


Enfin, salivation excessive, mâchonnement « à vide » ou mordillage de laisse peuvent accompagner un état de stress.


La posture générale, enfin, donne une vue d’ensemble. Un corps détendu, avec des mouvements fluides, traduit un état calme et confiant. À l’inverse, un corps raide, figé ou très bas indique de la crainte ou une posture défensive.


Les déplacements du chien sont tout aussi parlants : avancer en courbe, s’éloigner ou se tourner de côté sont des manières d’éviter le conflit ou de désamorcer une tension.


Ajuster l’entraînement


L’éducation positive s’appuie naturellement sur ces signaux. Observer et respecter le langage corporel du chien permet d’adapter l’entraînement en fonction de son état émotionnel. Tout au long des exercices, prenez le temps de regarder le corps de votre chien, qui vous transmet des messages subtils afin d'identifier s'il se sent à l’aise ou dépassé.


Par exemple, s’il détourne la tête, bâille ou refuse la friandise, c’est peut-être qu’il est stressé ou surchargé. Dans ce cas, il est préférable de faire une pause, de simplifier l’exercice et d’éloigner le stimulus qui le perturbe.


De même, s’il se fige, jetez une poignée de nourriture au sol pour créer une association positive et apaiser la situation. Dès qu’il reprend une posture détendue ou revient vers vous, reprenez l’exercice et récompensez-le pour encourager ce retour au calme.


Votre langage corporel compte tout autant. Votre sourire, votre posture ouverte et votre voix aident le chien à prendre confiance et à rester concentré.


Conclusion


Les signaux d’apaisement sont la première langue du chien. Les repérer et les respecter, c’est protéger son bien-être, améliorer l’efficacité de l’éducation, sécuriser les interactions avec les autres et construire une relation harmonieuse fondée sur le renforcement positif.


border collie

Bibliographie


Casey, R. A., Loftus, B., Bolster, C., Richards, G. J., & Blackwell, E. J. (2014). Human directed aggression in domestic dogs (Canis familiaris): Occurrence in different contexts and risk factors. Applied Animal Behaviour Science, 152, 52–63. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2013.12.003


Firnkes, A., Bartels, A., Bidoli, E., & Erhard, M. (2017). Appeasement signals used by dogs during dog–human communication. Journal of Veterinary Behavior, 19, 35–44. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2016.12.012


Mariti, C., Falaschi, C., Zilocchi, M., Fatjó, J., & Gazzano, A. (2017). Analysis of dog–human communication during dog training. Journal of Veterinary Behavior, 18, 47–53.


Rehn, T., & Keeling, L. J. (2016). Measuring dog–owner relationships: development of the Monash Dog–Owner Relationship Scale (MDORS). Applied Animal Behaviour Science, 174, 73–79.


Rugaas, T. (2005). On Talking Terms with Dogs: Calming Signals. Dogwise Publishing.

Siniscalchi, M., d’Ingeo, S., Minunno, M., & Quaranta, A. (2018). Communication in dogs. Animal Cognition, 21(5), 795–805.

 
 
 

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